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   Ma mort
[27/10/2007 10:24]



Larmes d'une femme.jpg
    
De mes pensées confidente chérie, toi, dont les chants faciles et flatteurs viennent par fois suspendre les douleurs dont les amours ont parsemé ma vie ;
 lyre fidèle, où mes doigts paresseux trouvent sans art des sons mélodieux, 
prends aujourd'hui ta voix la plus touchante,  et parle-moi de ma maîtresse absente.
 Objet chéri, pourvu que dans tes bras  de mes accords j' amuse ton oreille, et qu'animé par le jus de la treille, en les chantant, je baise tes appas ;
 si tes regards, dans un tendre délire, sur ton ami tombent languissamment ; à mes accents si tu daignes sourire ;
 si tu fais plus, et si mon humble lyre  sur tes genoux repose mollement, 
 qu' importe à moi le reste de la terre ?
 et du public la sentence sévère ?
 Je suis amant, et ne suis point auteur.
 Je ne veux point d' une gloire pénible ;  trop de clarté fait peur au doux plaisir.
 Je ne suis rien, et ma muse paisible brave, en riant, son siècle et l' avenir.
 Je n' irai pas sacrifier ma vie au fol espoir de vivre après ma mort.
 ô ma maîtresse ! Un jour l' arrêt du sort viendra fermer ma paupière affaiblie.
 Lorsque tes bras, entourant ton ami, soulageront sa tête languissante,et que ses yeux soulevés à demi 
 seront remplis d' une flamme mourante ; 
 lorsque mes doigts tâcheront d' essuyer tes yeux fixés sur ma paisible couche, 
 et que mon cœur, s' échappant sur ma bouche, de tes baisers recevra le dernier ; 
 je ne veux point qu'une pompe indiscrète vienne trahir ma douce obscurité, ni qu' un airain à grand bruit agité annonce à tous le convoi qui s'apprête. 
 Dans mon asile, heureux et méconnu, indifférent au reste de la terre, 
 de mes plaisirs je lui fais un mystère ;  
 je veux mourir comme j'aurai vécu.





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